Cancer du sein : les jeunes adultes aussi sont concerné·es
Crédit photographique : Jeune&Rose / L'association Jeune&Rose apprend aux jeunes femmes à pratiquer l'autopalpation
Chaque année en France, plus de 3000 jeunes adultes apprennent qu’ils·elles ont un cancer du sein. Maéva Landon, de l’association Jeune&Rose, t’explique pourquoi, à tout âge, il est important de t’intéresser à ce sujet.
Les cancers du sein chez les jeunes adultes sont-ils en augmentation ?
Maéva Landon : Depuis les années 2000, le nombre de cancers du sein chez les femmes de moins de 40 ans augmente chaque année de 1,6 %. En 2023, sur les 61 214 cas diagnostiqués en France, 3000 concernaient des jeunes femmes âgées de moins de 40 ans. Cela peut sembler loin de soi, et pourtant, certaines femmes reçoivent ce diagnostic alors qu’elles sont encore étudiantes, qu’elles débutent leur premier emploi ou qu’elles viennent d’avoir leur premier enfant.
Qu’est-ce qui est à l’origine de ce cancer ?
M. L. : Le cancer du sein est multifactoriel, ce qui veut dire qu’on ne peut pas lui attribuer une cause en particulier. On sait qu’il y a une part génétique, ce qui explique entre 5 % et 10 % des cas. On sait aussi qu’il y a des facteurs dits “individuels” qui désignent la consommation de tabac, d’alcool ou le fait d’être sédentaire. Ces facteurs représentent 45 % des diagnostics. La moitié des cas est donc sans explication, mais nous nous questionnons sur l’origine environnementale. Les pesticides, les perturbateurs endocriniens et la pollution jouent certainement un rôle dans l’augmentation des cas.
Le cancer du sein est-il différent chez les jeunes femmes ?
M. L. : Il a quelques particularités. Chez une jeune femme, il peut se développer plus rapidement et être plus agressif. Comme il est rare à cet âge, les patientes et les médecins n’y pensent pas toujours d’emblée. C’est pourquoi un symptôme inhabituel mérite d’être pris au sérieux et exploré sans attendre. Et c’est encourageant : détecté tôt, ce cancer guérit dans 9 cas sur 10.
Comment se passe le dépistage ?
M. L. : Il n’y a pas de dépistage organisé pour les femmes de moins de 50 ans. Nous conseillons donc, en plus du suivi gynécologique une fois par an, de pratiquer l’autopalpation dès 20 ans, une fois par mois et une semaine après les règles. L’autopalpation se fait en deux étapes :
- regarder sa poitrine les bras levés puis de profil pour vérifier qu’il n’y a pas de changement visuel (peau d’orange, veine qui a grossi, mamelon enfoncé…) ;
- se palper en réalisant des petits cercles sur tout le buste, les seins et les aisselles.
Il faut voir l’autopalpation comme un geste de bienveillance vis-à-vis de sa poitrine. Le but n’est pas de trouver quelque chose, mais d’apprendre à connaître sa poitrine et de vérifier que rien n’a changé par rapport à la dernière fois.
Que faut-il faire si l’on sent ou voit quelque chose de suspect ?
M. L. : Cet élément suspect n’est pas forcément cancéreux. Il peut s’agir d’un kyste ou d’une tumeur bénigne qui n’ont rien d’inquiétant. Mais si dans les 15 jours, cet élément suspect est toujours là, on consulte. Le mieux est d’aller voir le soignant qui propose un rendez-vous le plus tôt, que ce soit le médecin traitant, une sage-femme ou un gynécologue.
En savoir + : l'application Know your lemons t'apprend (en anglais et gratuitement) à pratiquer l’autopalpation et t’indique, en fonction de ton cycle, le moment le plus propice pour la réaliser. Sur iOS et Android.
L’association Jeune&Rose
Créée en 2017 à Saint-André-de-Cubzac, près de Bordeaux, Jeune&Rose est un collectif de jeunes femmes touchées - ou qui ont été touchées - par le cancer du sein. Elles s’entraident et se soutiennent face à la maladie, en se retrouvant autour d'un café, en partageant des activités physiques et culturelles, ou en participant à des visios thématiques animées par un·e expert·e (l’alimentation, parler du cancer aux enfants…). “Tomber malade quand on a moins de 40 ans implique des problématiques spécifiques, explique Maéva Landon, salariée de l'association. Il y a des répercussions sur la trajectoire professionnelle, la vie sociale et familiale, la fertilité, la vie intime, la confiance en soi. Les jeunes femmes ont donc besoin d’un espace dédié pour se rencontrer et échanger.”
Présente dans 56 départements, Jeune et Rose anime aussi de nombreux ateliers de sensibilisation à destination des 15-25 ans. Dans les lycées et les Missions Locales, à la fac, auprès d’adultes en situation de handicap physique ou mental, l’association explique les enjeux du cancer du sein chez les jeunes et leurs apprend à pratiquer l’autopalpation.