En Nouvelle-Aquitaine, seuls 76,5 % des bacheliers poursuivent vers l’enseignement supérieur
Crédit photographique : Région Nouvelle Aquitaine / F. ROCH
Le CESER Nouvelle-Aquitaine a voulu comprendre pourquoi, alors que la région affiche un taux de réussite au bac supérieur à la moyenne nationale, le taux de poursuite vers l’enseignement supérieur, lui, est inférieur à la moyenne nationale.
Président de la commission Education, formation et emploi du CESER Nouvelle-Aquitaine (Conseil économique, social et environnemental régional), Jean-François Bourdoncle présente les principaux enseignements du rapport "Cap vers l'enseignement supérieur - La voix des jeunes comme boussole".
Pourquoi avez-vous décidé de consacrer votre rapport à l’accès des bacheliers à l’enseignement supérieur ?
Jean-François Bourdoncle : Depuis plusieurs années, les Néo-Aquitains réussissent mieux au bac que la moyenne nationale, mais ils sont moins nombreux à continuer en études supérieures. En 2024, le taux de réussite au bac en Nouvelle-Aquitaine était de 92,70 %, toutes filières confondues, contre 91,40 % sur l’ensemble de la France.
Et en même temps, notre région affiche un taux de poursuite dans l’enseignement supérieur de 76,5 % contre 78,4 % à l’échelle nationale. Nous avons donc voulu comprendre d’où venait cet écart, mais aussi faire des préconisations pour tenter d’y remédier.
Comment avez-vous travaillé ?
J-F. B. : Comme dans de nombreux travaux du CESER, nous avons voulu partir du réel en plaçant la voix des jeunes au cœur de notre méthodologie. Nous l’avons fait en menant une enquête auprès de presque 3000 lycéens issus de toutes les filières et de tous les territoires (urbains, ruraux, péri-urbains). Cela nous a permis de recueillir leurs perceptions de l’orientation, leurs difficultés, leurs attentes, et leurs freins et obstacles face à l’enseignement supérieur. Nous avons aussi fait un focus group avec le Conseil régional des jeunes et auditionné plus de 50 acteurs en lien avec la jeunesse (proviseurs, professionnels de l’orientation, parents d’élèves, associations, universitaires…).
Le logement est le principal obstacle qui empêche les bacheliers d’accéder à l’enseignement supérieur. Comment cela s’explique-t-il ?
J-F. B. : Effectivement, 62 % des élèves interrogés l’identifient comme un frein majeur. Il est d’ailleurs intéressant d’observer l’écart entre territoires : 63,7 % des lycéens ruraux ou semi-ruraux le mentionnent, contre 52,8 % des urbains. Beaucoup de bacheliers doivent quitter le foyer familial pour pouvoir étudier, mais lorsque le loyer dépasse 450 €, cela peut déclencher des renoncements. D’autant qu’il est difficile de trouver un logement abordable dans les villes universitaires, et que le Crous ne peut pas répondre à toutes les demandes.
Se déplacer chaque jour pour étudier n’est pas forcément plus évident. En Nouvelle-Aquitaine, le temps moyen pour accéder à un site universitaire est de 47 minutes, alors qu’il est de 27 minutes au niveau national. Au-delà d’une heure et demie, le déplacement devient un obstacle aux études. Dans les zones rurales ou périurbaines, les longs trajets, leur coût et la fiabilité insuffisante des liaisons ferroviaires et routières limitent fortement les choix d’orientation.
Le rapport pointe le manque d’information et d’accompagnement dans le parcours d’orientation : 61 % des lycéens interrogés disent ne jamais avoir eu d’entretien individuel.
J-F. B. : Ce sentiment de manque d’information s’explique de différentes manières : accompagnement tardif et inégal selon les territoires, moyens humains limités, nombre d’heures insuffisantes consacrées à l’orientation, offre de formation immense…
Tous ces facteurs font que les jeunes peuvent se sentir perdus et avoir l’impression d’être peu ou mal informés sur les formations et leurs débouchés. Mis bout à bout, le manque d’accompagnement et les problèmes de logement et de mobilité conduisent certains élèves à faire des choix par défaut ou à renoncer à l’enseignement supérieur.
Quelles sont vos principales recommandations pour atténuer l’influence de ces freins ?
J-F. B. : Nous proposons la création par l’Etat et la Région d’un guichet unique de l’accès au supérieur auprès duquel les lycéen·nes trouveraient des informations sur les filières et les débouchés, les formations, mais aussi sur les aides financières et les solutions de logement et de mobilité. Sur le logement, il faudrait développer l’offre de logements publics et solidaires, notamment dans les villes moyennes et les zones rurales, actuellement sous-dotées. Enfin, nous pensons qu’il serait utile d’adapter l’offre de mobilité à la réalité des étudiant·es : tarification solidaire et unique pour les étudiant·es, horaires alignés sur le début des cours, ou encore liaison express vers les territoires ruraux ou mal desservis.
Logement, mobilité, orientation : les ressources d'Info Jeunes Nouvelle-Aquitaine